CIIL - Lettre d'information, Juin 2026 - N° 19

Portraits de Chercheurs

Après un BTS d’analyses biologiques à l’ESTBA de Paris et une Licence et Maitrise de Biochimie à l’Université Paris 7, j’ai poursuivi avec le DEA de l’Institut Pasteur à Paris en 1990. J’ai effectué mon stage de DEA dans l’Unité du Pr Jean François Bach à l’Hôpital Necker (Paris) puis j’ai poursuivi à l’Hôpital Necker, avec une thèse de doctorat en Immunologie (Université Paris 6) sous la responsabilité scientifique du Dr Françoise Lepault. Au cours de ces années, j’ai travaillé sur un modèle murin de diabète insulino-dépendant, la souris NOD. Je me suis intéressée aux mécanismes impliqués dans la migration et la recirculation des lymphocytes dans les îlots de Langherans du pancréas. L’infiltration des îlots résulte de modifications de l’expression des molécules d’adhérence. On note notamment l’apparition de structures de type HEV exprimant des adressines, normalement présentes dans les organes lymphoïdes. Les infiltrats sont enrichis en lymphocytes B et T activées, ces derniers n’étant pas uniquement des lymphocytes T autoréactifs.
Après l’obtention de mon doctorat en 1994, j’ai rejoint le laboratoire d’Immunologie Cellulaire du Dr A. Ager au ‘National Institute for Medical Research’ à Mill Hill, Londres. Le Dr A. Ager est reconnue pour ses travaux sur la migration des lymphocytes dans les organes lymphoïdes. Au cours de ces 3 années de post-doctorat (1995-1998), je me suis intéressée aux mécanismes de migration transendothéliale des lymphocytes au niveau des HEV. Nous avons, entre autres, montré que l’activité des métalloprotéinases est nécessaire à leur passage à travers l’endothélium vers les ganglions lymphatiques, soulignant leur rôle clé dans ce processus.
De retour en France en 1999, j’ai intégré l’unité du Pr André Capron, au sein de laquelle j’ai plus particulièrement travaillé dans l’équipe de François Trottein. C’est dans ce contexte que j’ai découvert le schistosome, un parasite fascinant. Mes travaux se sont concentrés sur la réponse immunitaire dirigée contre le stade ‘œuf’ du parasite. Nous avons notamment mis en évidence le rôle important des structures glucidiques de l’œuf du schistosome et de la molécule CD1d dans le développement de la réponse Th2 au cours de la pathologie.
Après un bref passage dans le laboratoire de la Barrière Hémato-Encéphalique à Lens en 2003 (Pr Roméo Cecchelli), j’ai obtenu un poste de CR1 à l’Inserm en 2004 et je suis retournée dans le laboratoire de François Trottein au sein de l’Unité du Pr Monique Capron. La découverte de l’importance de la molécule CD1d m’a conduit à m’intéresser aux lymphocytes NKT, d’abord dans le contexte de la schistosomiase, puis dans celui de l’infection grippale.
J’ai ensuite développé un axe de recherche portant sur les interactions entre les cellules présentatrices d’antigène — notamment les lymphocytes B de la zone marginale et les cellules dendritiques — et les cellules NKT. Parallèlement, nous avons mené avec François, des travaux visant à optimiser l’activation des cellules NKT en ciblant les cellules dendritiques, dans des modèles tumoraux.
Les réponses immunitaires innées au cours des infections respiratoires ont toujours constitué mon principal centre d’intérêt. J’ai ainsi poursuivi mes recherches sur l’infection grippale, la surinfection à pneumocoque, ainsi que, plus particulièrement, sur le rôle des cellules dendritiques et leur différenciation (DCpoïèse) au cours de ces pathologies. Mes travaux montrent que l’infection grippale perturbe la myélopoïèse de la moelle osseuse en altérant la différenciation des cellules dendritiques conventionnelles et en favorisant la monopoïèse, notamment via une diminution de la production de Flt3-L. Ils montrent également que l’administration de Flt3-L permet de restaurer la production de cellules dendritiques conventionnelles, de réduire l’inflammation pulmonaire et de renforcer la résistance à une infection secondaire à pneumocoque.
En 2020, j’ai rejoint l’équipe de Jean-Claude Sirard afin de poursuivre mes travaux sur les réponses immunitaires innées lors des infections respiratoires bactériennes, en me focalisant plus particulièrement sur le pneumocoque et sur le rôle du système immunitaire dans l’efficacité des antibiotiques. C’est dans ce cadre que je me suis intéressée de manière approfondie aux neutrophiles, des cellules clés et incontournables de la réponse anti-infectieuse. In 2022, j’ai été promue CRHC.
Actuellement, mes recherches portent sur la pneumonie à Klebsiella pneumoniae, un enjeu majeur de santé publique en raison de sa virulence et de sa résistance croissante aux antibiotiques. L’objectif général de notre laboratoire est de développer des stratégies thérapeutiques alternatives, notamment en renforçant la réponse immunitaire innée, afin de traiter les infections respiratoires. Dans ce contexte, il est essentiel de comprendre comment la réponse immunitaire s’installe. Mes travaux se concentrent plus spécifiquement sur les interactions entre Klebsiella pneumoniae et les cellules dendritiques, afin d’élucider les mécanismes précoces de déclenchement de cette réponse. Nos résultats montrent un rôle de la voie MyD88 dans les cellules dendritiques dans le contrôle de la pathologie. Nous cherchons désormais à en élucider les mécanismes d’action, ainsi qu’à identifier les déterminants bactériens impliqués dans la réponse dépendante de MyD88.
Une autre étape importante de ma carrière depuis mon retour en France en 1999, a été mon implication dans le développement de la plateforme de cytométrie en flux du Campus Pasteur. Il s’agit d’un domaine dans lequel je possède une solide expertise et qui constitue un axe majeur de mon activité de recherche.
Je terminerai en mentionnant qu’au fil de ces années, j’ai eu la chance de travailler avec des collègues que j’ai beaucoup appréciés et des étudiants talentueux, et de vivre des expériences et des relations humaines enrichissantes qui se poursuivent encore aujourd’hui.