CIIL - Lettre d'information, Juin 2026 - N° 19
Portraits d'ingénieur
C’est lors de mes premiers stages, que j’ai commencé à construire mon parcours à l’interface entre pharmacotechnie, microbiologie et immunologie. En 2007, j’ai d’abord travaillé sur le développement d’une formulation galénique à libération colique pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin dans l’équipe du Dr Siepmann [MP1] . En 2008, j’ai rejoint l'U995 du Pr Simonet pour étudier les interactions hôte–pathogènes. J’y ai découvert la réponse immunitaire lors des infections bactériennes et réalisé mes premières cultures cellulaires, modèles murins et analyses de la réponse à l’infection.
En 2008, j’ai intégré l’Institut Pasteur de Lille au sein de l’équipe « NOD‑like receptors in infection and immunity » du CIIL, dédiée aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et aux liens entre microbiote et système immunitaire. J’y ai pris en charge la gestion d’un élevage de multiples lignées de souris immunodéficientes et développé une solide expertise en expérimentation animale, biochimie et biologie moléculaire (dosage de cytokines, voies de signalisation NLR/TLR, analyses d’expression génique, histologie pulmonaire et colique). Cette immersion dans l’immunité innée a posé les bases de mes travaux ultérieurs sur les infections respiratoires.
En 2013, j’ai rejoint l’Équipe d’Accueil 7366 « Recherche translationnelle relation hôte–pathogène Pseudomonas aeruginosa » de l’Université de Lille comme ingénieur d’études et de formation dans le projet ANTI‑PYO. Aux côtés de chimistes et de biologistes, j’ai participé à l’évaluation de glycoclusters multivalents développés pour leurs propriétés anti‑adhésion vis‑à‑vis de P. aeruginosa, en lien avec des travaux publiés dans le Journal of Medicinal Chemistry. L’idée : empêcher la bactérie de se fixer à l’épithélium respiratoire afin de proposer une stratégie thérapeutique complémentaire aux antibiotiques, en particulier chez les patients atteints de pathologies pulmonaires chroniques. J’ai mis en place et exploité des modèles d’infection pulmonaire aiguë et chronique, in vitro et in vivo, ce qui m’a permis de renforcer mon expertise en infection expérimentale, imagerie et criblage de molécules.
Parallèlement, mon intérêt pour l’immunité innée m’a conduit à travailler sur le système de sécrétion de type III de P. aeruginosa et son rôle dans l’activation de l’inflammasome NLRC4. Des travaux publiés dans International Immunology ont montré que l’inflammasome humain NAIP–NLRC4 détecte spécifiquement la protéine “inner‑rod” du T3SS, déclenchant une réponse inflammatoire déterminante pour l’issue de l’infection. Ces résultats éclairent les mécanismes par lesquels la cellule hôte “sent” P. aeruginosa et orientent mes projets visant à mieux moduler cette réponse dans le poumon.
En 2020, j’ai rejoint l’équipe Opinfield, dirigée par Le Dr Philippe Gosset, qui s’intéresse aux infections opportunistes respiratoires et aux maladies pulmonaires chroniques. Une partie de mon travail porte sur l’axe intestin–poumon : nous avons récemment montré que la colonisation intestinale par une Klebsiella pneumoniae multirésistante aggrave les pneumonies à P. aeruginosa, via une dysbiose spécifique et une altération de la réponse immunitaire pulmonaire, comme décrit dans un article de Nature Communications. Ces résultats illustrent combien le réservoir digestif de bactéries multirésistantes peut influencer la sévérité des infections respiratoires chez les patients fragiles. Ces travaux se poursuivent désormais dans l’équipe TIILD, dirigée par la Dr Muriel Pichavant.
Au‑delà de l’expérimentation, j’assure des responsabilités croissantes dans la gestion du laboratoire : planification des besoins en consommables, réactifs et animaux, suivi des équipements, rédaction de dossiers réglementaires, participation aux projets de financement et encadrement d’étudiants et d’ingénieurs. J’essaie de mettre ma rigueur, mon sens de l’organisation et mon expérience au service de la dynamique collective, en contribuant à structurer les approches méthodologiques et à accompagner le développement des nouveaux modèles expérimentaux de l’équipe, avec un objectif central : proposer des pistes thérapeutiques concrètes pour mieux protéger les patients les plus vulnérables face à Pseudomonas aeruginosa.
En dehors du laboratoire, je pratique l’escalade, une activité que j’apprécie pour le dépassement de soi, la concentration et l’esprit d’entraide qu’elle développe. C’est aussi, à mon sens, une belle activité à partager entre collègues, car elle favorise la confiance, la coopération et la convivialité dans un cadre différent du travail. L’escalade est aussi reconnue comme une activité qui peut renforcer la cohésion d’équipe et la confiance mutuelle, ce qui en fait un bon choix pour une dimension collective.