CIIL - Lettre d'information - Juin 2026 - N° 19
Portraits de Chercheurs
J'ai réalisé ma thèse de doctorat à l’unité 42 Inserm, dirigée par le Pr Daniel Camus, sur le thème de la pneumocystose et sous la direction d’Eduardo Dei-Cas. Mon programme de recherche était centré sur l'interaction entre le microchampignon Pneumocystis sp. et les cellules épithéliales alvéolaires, ainsi que sur deux autres aspects de la physiopathologie de la pneumocystose : la spécificité d'hôte de Pneumocystis sp. et le rôle du surfactant pulmonaire dans le développement du parasite.
Après ma soutenance de thèse, en 1995, j’ai quitté la France pour effectuer trois ans de postdoctorat dans les laboratoires GlaxoWellcome (Tres Cantos, Madrid, Espagne ; GSK aujourd'hui). J’ai saisi cette opportunité pour mettre à profit les connaissances et les compétences acquises durant ma thèse sur Pneumocystis pour développer un axe de recherche plus appliqué, focalisé sur l’identification de nouvelles stratégies thérapeutiques de lutte contre ces microchampignons opportunistes. J’y ai consolidé aussi des facultés qui me semblent importantes en recherche : la rigueur, l’organisation du travail, la collaboration interdisciplinaire (notamment avec des collègues chimistes, biochimistes et vétérinaires). J’ai d’excellents souvenirs de cette expérience postdoctorale car l’ambiance de travail y était exceptionnelle et j’ai pu profiter de la richesse culturelle et culinaire de ce pays magnifique. À mon retour, en 1998, j'ai été nommée Maître de Conférences à la faculté de pharmacie, puis Professeur des Universités en 2006, tout en poursuivant mes activités de recherche sur la pneumocystose au sein de l'équipe « Biologie et Diversité des Eucaryotes Pathogènes Emergents », dirigée par Eduardo Dei-Cas, puis par Éric Viscogliosi.
En 2015, changement de cap ! J’ai rejoint l’équipe de Jamal Khalife pour développer mes recherches sur Plasmodium. Mon projet a pour objectif général de caractériser plusieurs métallophosphatases spécifiques de Plasmodium falciparum d'un point de vue moléculaire et fonctionnel, afin de les valoriser comme nouvelles cibles antipaludiques potentielles. Pour ce faire, nous avons pris comme point de départ la structure 3D du site catalytique de l’une d’entre elles, PfPPM9, afin de développer des candidats médicaments. À ce jour, nos recherches sur PfPPM9 ont permis la synthèse d'une centaine de molécules et la découverte de 18 hits avec une CI50 comprise entre 10 et 100 nM sur P. falciparum in vitro, ainsi qu'un index de sélectivité sur hépatocytes humains HepG2 compris entre 70 et 750. L’efficacité in vivo d’un de nos meilleurs hits a été évaluée sur Plasmodium berghei et montre 100% d’efficacité à la dose de 30 mg/kg, deux fois par jour par voie intra-péritonéale. Des études sont en cours pour synthétiser des prodrogues qui permettraient d'augmenter la demi-vie des molécules actives tout en garantissant une efficacité optimale par voie orale. Ces recherches sont menées en étroite collaboration avec mes collègues chimistes Nicolas Lebègue (LilNCog, Lille Neuroscience & Cognition, UMR-S 1172F) et Amaury Farce (INFINITE, Institute for Translational Research in Inflammation, Lille, Inserm U1286). Enfin, ce projet est soutenu par Inserm Transfert et la SATT Nord (maturation initiale).